Journal de juin 2023

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Lundi 05 juin

Le format court des séries japonaises est celui que je préfère. Je n’aime pas les séries à rallonge, en particulier chinoises, qui se développent sans forme et, semble-t-il, sans fin. Leur pouls est mou ; mon intérêt se fane assez vite. J’ai besoin d’une tension et d’une direction : ce qui m’intéresse, c’est la progression de l’intrigue, même dans les romances. Je veux des enjeux.

Si j’en crois mes préférences, la Goldilocks zone des séries asiatiques se situe entre 10 et 14 épisodes : en deçà, on aimerait passer davantage de temps avec les personnages (surtout si le concept ou l’histoire sont originaux) ; au-delà, il y a de fortes chances que certains épisodes ne servent à rien.

Le format coréen de 16 épisodes (d’une heure et des poussières chacun) est un peu longuet, même quand on les regarde en accéléré. Les plus insupportables sont ces séries romantiques si lentes qu’on finirait par s’endormir devant l’écran. (La dernière que j’ai regardée : Call It Love avec Lee Sung Kyung et Kim Young Kwang.)


Mardi 06 juin

L’erreur, c’est de croire que son expérience est généralisable en toute circonstance, que ce qui nous arrive s’applique également à autrui, que parce que je suis gay, je sais ce que les autres gays vivent, pensent et ressentent.

L’erreur, c’est aussi de croire que son expérience est unique, qu’il est impossible, à partir de soi, de connaitre l’autre, même quand on évolue dans les mêmes communautés.


Mercredi 07 juin

Au vu des difficultés démographiques de la Chine, je trouve contreproductif qu’elle se montre hostile aux LGBTs : si elle promouvait les familles homoparentales, en leur donnant accès à la PMA, la communauté trouverait sa place dans la politique nataliste du pays. 

(Évidemment, cela suppose que les queers chinois aient envie de faire des enfants… mais ce n’est pas comme si le Parti s’embarrassait de ce genre de détails de toute manière.)

À la place de quoi, les LGBTQ+ sont forcé·es (ou se forcent) à être dans des relations hétéronormées où tout le monde a de fortes chances de finir malheureux·se et où les enfants sont loin d’être garantis.

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(Voilà – un problème de réglé ; pas besoin de me remercier.)


Jeudi 08 juin

J’en suis à mon sixième mois. J’écris ce journal tous les jours (ou presque). Je note ce qui me passe par la tête, ce qui « me travaille », ce qui m’interroge… et je m’émerveille de ma constance, tout en craignant de me répéter.

Ce matin, j’ai pris conscience que les bases de ce journal ont été posées au printemps 2015, quand j’ai commencé les Mots-Dièse. À l’époque, j’avais du mal à écrire plusieurs semaines d’affilée : je m’essoufflais et finissais par ne plus voir l’intérêt de noter mes pensées et mes observations ; puis, je recommençais quelques mois plus tard quand je redécouvrais les Mots-Dièse précédents… avant d’abandonner à nouveau.

Ces projets, que j’ai désertés en cours de route, étaient en réalité, je le vois maintenant, des travaux préparatoires. Leur but n’était pas d’être menés à bien, mais de me faire avancer sur ce long chemin de découverte afin que je puisse réaliser une version plus mature, quelque peu différente, mais en phase avec l’écrivain que je suis maintenant.

*

Six mois, c’est peu… et je pourrais arrêter demain. Mes envies sont capricieuses ; rien ne garantit que je tiendrai toute l’année 2023. Mais je tiens à célébrer ces petites étapes, car on ne peut pas retarder les célébrations indéfiniment : on risque de vivre sa vie sans jamais rien fêter, obsédé par la toute fin…

Un mois de plus, une demi-année au final, c’est une petite victoire. 

Et comme on dit en coréen : 건배 ! (À la tienne, Étienne !)


Vendredi 09 juin

Aujourd’hui, je sèche… (vendredi matin, fatigue après une très longue semaine, toussa, toussa)
… alors je suis allé m’amuser du côté de chez ChatGeppetto pour qu’il me donne dix idées d’entrées pour ce journal. 

Je n’ai pas été déçu… Aucune utilité pour ce journal, mais un support pour rêver de livres que je n’écrirai jamais.

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  1. « L’étreinte des mots : Une exploration sensuelle de l’écriture homoérotique à travers les siècles. »
  2. « Échos de l’Antiquité : Découvrez les trésors cachés de la culture homoérotique dans les textes classiques. »
  3. « Ursula Le Guin : La voix visionnaire de la sexualité et de l’identité dans la science-fiction. »
  4. « Entre désirs et enchantements : Plongez dans l’univers onirique de l’érotisme homoérotique. »
  5. « Écriture et libération : L’influence des récits homoérotiques dans la lutte pour les droits LGBTQ+. »
  6. « Au-delà des genres : Les frontières fluides de la sexualité dans les écrits d’Ursula Le Guin. »
  7. « Les mythes revisités : L’érotisme et la sexualité dans les contes anciens et contemporains. »
  8. « Exploration des corps et des esprits : La tension sensuelle dans la production littéraire homoérotique. »

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Quand je lui explique que j’entends le mot « journal » au sens de « diary », voici ce que j’obtiens :

Je m’excuse pour la confusion. Voici donc 10 idées d’entrées pour votre journal quotidien :

  1. « Réflexions intimes : L’exploration de la passion homoérotique dans mes écrits. »
  2. « L’héritage de l’Antiquité : Les inspirations antiques qui nourrissent mon expression artistique. »
  3. « Ursula Le Guin, source d’inspiration : Comment l’auteure a influencé ma vision de l’écriture homoérotique. »
  4. « Voyage dans le passé : Les délices et les défis de la recherche sur l’érotisme antique. »
  5. « Un monde en mots : L’importance de partager mon amour pour la production homoérotique avec le public. »
  6. « La magie de l’écriture : Comment l’expression de ma sexualité trouve sa place dans mes écrits quotidiens. »
  7. « La danse des genres : L’exploration de l’identité et de la fluidité sexuelle dans mon journal intime. »
  8. « Le pouvoir de l’intimité : Comment l’écriture de mon journal me permet de me connecter avec moi-même. »
  9. « L’évolution d’un écrivain : Les découvertes et les défis que j’ai rencontrés en explorant l’érotisme homoérotique dans mon journal. »
  10. « Les secrets dévoilés : La catharsis de partager mes pensées les plus intimes dans mon journal public. »

J’espère que ces idées vous aideront à alimenter votre journal quotidien et à exprimer vos intérêts littéraires et personnels. (Un peu, mon n’veu.)


Samedi 10 juin

De tous les professeurs que j’ai eus à la Sorbonne, le plus marquant (d’un point de vue de la langue) a été Carlos Lévy, le spécialiste de philosophie ancienne. Il m’arrive encore de penser à sa manière unique qu’il avait d’utiliser les mots et d’exprimer sa pensée. C’était clair et précis. Calme aussi. Je n’ai jamais su comment il faisait ; par la suite, personne d’autre n’a réussi à susciter en moi cette même impression durable. 

Je me souviens d’une assemblée générale à l’amphi de l’UFR de Grec, où il avait pris la parole au milieu d’une foule bruyante ; elle s’était tue pour l’écouter parler, non pas parce que c’était un Professeur, un ponte, un mandarin, mais parce que c’était Carlos Lévy et que tout le monde savait qu’il ne parlait pas pour ne rien dire. J’ai oublié les paroles, mais j’ai gardé en mémoire le ressenti qu’elles ont suscité : « Ah ! C’est donc ainsi qu’on exprime clairement sa pensée, que l’on pèse ses mots, le tout avec simplicité, sans arrogance. »


Dimanche 11 juin

Les Linguistes Atterré·es font le tour des médias pour promouvoir leur petit essai publié chez Gallimard. 

La foule de Twitter (ou plutôt, vu le niveau, je devrais écrire la « tourbe » de Twitter, la TwitterTourbe), n’écoutant pas ce qu’iels disent et n’ayant pas lu leur tract, les accuse de vouloir mettre en péril la civilisation française… parce qu’iels font remarquer que la dictée est une perte de temps et qu’on ferait mieux de rationaliser l’orthographe. 

Les réactions épidermiques démontrent que le français n’est pas une langue mais une religion, et que la dictée a remplacé la mortification de la chair (encore pratiquée chez nos ultracathos) :
Pardonnez-moi, mon Immortel, car j’ai péché. Pêché ? J’ai mis deux t à chaton, le petit de la chatte, deux n à donation, l’acte de donner, et deux r à guérilla, cette forme spéciale de la guerre. Je me suis emmêlé les m et les l de mon mammifère, car il a deux mamelles ou un mamelon, ou deux, ou une, je ne sais plus ! Pardonnez-moi, mon Immortel, j’ai voulu être rationnel, mais pas de rationalité dans l’orthographe française. Mes erreurs tonnent et détonent. Promis, mon Immortel, je serai traditionaliste et appliquerai l’orthographe traditionnelle. Dans cette trappe, je ne me ferai pas attraper.

La dictée, tout le monde en souffre, mais tout le monde en redemande.

Une nation de masochistes linguistiques.