Journal de septembre 2023

Publié par Publié sur Lieu - 22 min de lecture 517 vues

Lundi 25 septembre

Hidden Agenda est la preuve qu’un duo d’acteurs connus avec une communauté de fans importante ne suffit pas à rendre le projet intéressant. Il est temps qu’une partie de l’industrie du BL thaï se réveille un peu : la complaisance n’a jamais produit de chefs-d’œuvre ni rapporté beaucoup d’argent. 

Les fans de BL sont habitué·es à la mauvaise qualité : le BL est un exercice de foi avant d’être une appréciation artistique. Mais à mesure que l’industrie se développe et que certaines maisons de prod’ proposent des projets d’excellente qualité, il faut se demander combien de temps encore les fans supporteront ces séries où l’intrigue est cousue du fil blanc et les acteurs sont aussi expressifs que des moules passées au micro-onde. 

Dans Hidden Agenda, j’ai dû arrêter de compter le nombre de scènes où Dunk (dans le rôle de Zo) semble s’ennuyer tellement qu’il est pour ainsi dire absent de son rôle. Évidemment, son partenaire, Joong (qui joue Joke), l’a plus facile : on n’attend jamais du seme qu’il soit expressif. Il suffit d’avoir un visage neutre tout du long (et des abdos, n’oublions pas les abdos) pour que ça passe. L’intensité de l’émotion est réservée à l’uke, et de ce côté-là, la mine boudeuse de Dunk n’a rien laissé filtrer. Joong est parvenu à susciter davantage d’émotion avec son visage inexpressif ! Un comble !


Mardi 26 septembre

Me suis-je déjà plaint ici du fait qu’on ne trouve aucun ouvrage pratique sur la poésie en français ? Les livres universitaires sont ennuyeux (coucou les Éléments de métrique française de Jean Mazaleyrat) et n’ont que la formation des exégètes et des critiques en tête. 

L’apprenti poète ne sait vers où se tourner : on dirait la situation du jeune romancier au début des années 2000, quand il n’existait aucun ouvrage francophone sur la manière d’écrire un roman. 

Pire encore, tout ce que l’on sait de la poésie française est démodé : quand Éluard (1895-1952) est le plus contemporain des poètes que l’on connaisse, il y a comme un problème. 

Je mens, évidemment, ou plutôt j’exagère : je connais plus contemporain qu’Éluard… mais ma remarque reste valide. Les anthologies « contemporaines » présentent pour la plupart des auteurs déjà morts (ou sur le point de caner)… 

On reconnait un secteur moribond à son incapacité à diffuser ses productions strictement contemporaines, à faire la promotion de sa vitalité. Si tout ce qui s’édite est hors de prix et se diffuse sous le manteau, il ne faut pas en vouloir à celleux qui apprécieraient la poésie d’en déduire que notre siècle n’en écrit plus.


Mercredi 27 septembre

‘Creativity is something you are, not only something you do.’
(The Creative Act: A Way of Being, de Rick Rubin)


Jeudi 28 septembre

Ma routine est ce qui me permet le mieux d’exprimer ma créativité. En ayant une heure fixe à laquelle j’écris, je n’ai pas à penser, je ne dépends pas de ma volonté. C’est un réflexe conditionnel. Je vois l’heure, je vais écrire.

Le plus dur, c’est de mettre en place cette routine. Entre la décision de lancer un projet et la première session de travail, il peut se passer des semaines où je procrastine sans fin jusqu’à ce que la situation me soit à ce point odieuse que je me désespère de commencer un jour. Habituellement, après cette crise aigüe, je m’y mets, la fleur au fusil, comme si rien ne s’était passé et que j’ignorais jusqu’au sens du mot « procrastination ».


Vendredi 29 septembre

Se rappeler que les seules comparaisons viables quand on pratique son art, ce n’est pas avec les autres, mais avec soi-même.

Suis-je meilleur que je ne l’étais il y a un an, deux ans ou trois ans ? La création sur laquelle je travaille aujourd’hui, et qui est la seule qui m’importe, est-elle mieux que la précédente ? 

Vais-je de l’avant ? Ou suis-je en train de stagner, voire pire : de régresser ?

Voilà les questions qu’il faudrait se poser quand on se trouve dans une de ces humeurs comparatistes.


Samedi 30 septembre

‘Consider neutrality. Just do the work and see what comes. If you like a result, accept it graciously, whether it arrives in a sudden flash or after long bouts of difficult, skilled labor.’
(The Creative Act: A Way of Being, de Rick Rubin)