Journal d’août 2023

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Tu peux trouver une version éditée de ce journal dans ma newsletter (Substack)
La version intégrale (fautes et anglicismes inclus) est disponible dans mon jardin numérique, Sylves. La publication s’y fait au jour le jour. J’applique ici l’orthographe rectifiée.

Bonne lecture – Enzo.


Mardi 01 août

Je me lance dans une nouvelle expérimentation : mes morning pages, que je n’ai pas cessé d’écrire depuis novembre dernier, vont devenir un gratitude journal (un journal de gratitude).

Chaque matin, je vais noter ce dont je suis reconnaissant, du plus important au plus ridicule, et inversement, sans filtre aucun. Il parait que mon bienêtre et ma satisfaction devraient vite s’améliorer, puisque j’habitue mon cerveau à remarquer et à apprécier le positif dans ma vie. Est-ce là l’antidote tant attendu à la grisaille permanente de Sheffield ?


Mercredi 02 août

Il y a des gens pour croire que le « fan service » (où deux acteurs prétendent sortir ensemble), c’est la vérité vraie, et non une transaction commerciale où le fan paie pour voir les acteurs se câliner en direct. Rien n’est vrai dans le « fan service », ou, du moins, tout est exagéré…

Le fan service, qui brouille les cartes entre réalité et fantasme, ne saurait, pour autant, servir d’excuse au harcèlement que ces acteurs subissent de manière régulière. Ils ont droit à leur vie privée, ils ont droit d’avoir un petit-ami ou une petite-amie, ils ont droit de garder cette partie-là… eh bien… privée. Ils n’ont de compte à rendre à personne ; aucune excuse à présenter à quiconque. 

Le fan service n’est pas un esclavage ; les fans ne possèdent pas leurs stars. Les dérives que l’on voit dans le milieu du BL/GL thaïlandais, par exemple, sont choquantes… Et je ne crois pas qu’on puisse balayer de la main ces comportements en affirmant que les acteurices, jouant avec le feu, savent dans quoi iels s’engagent. Rien ne justifiera jamais que l’on viole l’intimité de quelqu’un pour satisfaire les désirs égoïstes de la populace.


Jeudi 03 août

L’ennemi de l’écrivain·e, c’est la vie quotidienne, celle qui nous détourne de nos préoccupations artistiques (petites comme grandes). Boulot, famille, tracas, tout est bon pour voler notre temps et notre énergie si bien qu’il ne nous en reste peu ou plus à consacrer à ce qui nous importe.
Mais c’est cette même vie quotidienne qui sert de terreau à notre imaginaire et sans laquelle nos écrits seraient pauvres et inintéressants. Pour bien écrire, il faut donc vivre pleinement, même si on court le risque de n’avoir plus le temps d’écrire…


Vendredi 04 août

Selon Ken Mogi, l’ikigai, l’équivalent japonais de la « joie de vivre » et de la « raison d’être », repose sur les cinq piliers suivants :

– Commencer petit ;
– Se libérer soi-même ;
– Harmonie et durabilité ;
– La joie des petites choses ;
– Être ici et maintenant.


Samedi 05 août

En Occident, on voit beaucoup d’histoires d’amour sur le petit écran, mais le genre de la romance est, finalement, assez peu présent dans les séries TV. L’amour est un condiment que le retrouve partout, la sauce qu’on utilise pour relever n’importe quelle histoire, mais rarement le plat principal (c’est-à-dire la préoccupation principale de la série).

La romance a colonisé les films (surtout au moment de Noël), mais pas vraiment les séries TV. 

XO, Kitty et Heartstopper sont deux exceptions notables qui semblent confirmer la règle : la première, qui se passe en Corée, a pour modèle évident toute la production romantique coréenne ; la seconde surfe sur la vague du BL asiatique en proposant son équivalent occidental.

Car s’il y a bien une grande différence entre l’Occident et l’Asie, c’est que cette dernière n’a pas honte de produire de la romance, de la vraie, de la dégoulinante. La Corée du Sud en a fait son beurre… la hallyu ne se limitant pas à la K-pop et à BTS.


Dimanche 06 août

Hier soir, Stéphane m’a demandé pourquoi nous n’avions pas de BL sur nos petits écrans occidentaux. (Heartstopper étant encore l’exception qui semble confirmer la règle.)

La communauté internationale du BL est la preuve que le public est présent même dans notre partie du monde. Le succès littéraire de la romance M/M aux États-Unis et en Europe n’est plus à prouver. Ça doit donc être commercialement viable de produire du BL sous nos tropiques…

Je m’explique ce phénomène ainsi :

  1. Malgré son succès commercial, la romance est encore mal vue ; et le BL est un sous-genre de la romance, un genre encore perçu comme étant féminin. Des histoires d’hommes qui aiment des hommes pour un public de femmes : c’est une combo qui n’intéresse pas les mecs cis-hét qui commissionnent les séries TV. Voyons là des relents de misogynie et d’homophobie.
  2. Il existe deux manières de traiter une histoire d’amour entre hommes : une manière réaliste (on parle alors de production LGBTQ+) ou une manière idéalisée (avec son Happy Ever After, c’est ce que l’on nomme le BL). En Occident, nous avons toute une tradition de films LGBT, qui dépeignent les affres de l’amour gay. Nous aimons ce qui finit mal, c’est tragique à souhait. Il n’y a pas d’amour heureux, toussa, toussa. Le bonheur nous est suspect. Même si les choses évoluent, les gays occidentaux ont été biberonnés à cette vision pessimiste de l’amour homosexuel : l’optimisme naïf du BL les met mal à l’aise. Ce sont des codes qu’ils ne possèdent pas. Ce qui veut dire que, lorsqu’ils parviennent à produire une histoire d’amour entre hommes pour le petit ou le grand écran, la modalité qu’ils choisissent n’est pas celle du BL.

*

Il est intéressant de noter qu’Heartstopper a été imaginé par une femme, et non un homme gay. Et son succès immédiat, même parmi la communauté gay, est la preuve qu’il existe en Occident un besoin d’histoires d’amour entre hommes idéalisées et optimistes.